Les premières lignes d’Un privé à Babylone du grand Brautigan me clouent littérairement à ma chaise tressée en deux temps. Premier : « J’ai appris que j’étais réformé comme caractériel et que je n’allais pas partir à la Seconde Guerre mondiale jouer le petit soldat. Je n’avais pas du tout le sentiment de manquer de patriotisme parce que j’avais fait ma Seconde Guerre mondiale à moi cinq ans plus tôt en Espagne et que j’avais deux trous de balle dans le cul pour le prouver. » Point, à la ligne : on souffle, on se délecte, on tire une latte, on boit une gorgée de café.
Deuxième (à peine le temps d’inspirer) : « Je ne comprendrai jamais pourquoi je me suis fait tirer dans le cul. »…
Comment peut-on enculer la littérature ? A la rigueur, c’est la bonne qui nous encule. Sinon, en ce qui me concerne, je trouve, mais ceci est bien évidemment un avis très personnel, qu’emmerder ce qu’il y a de bon et de beau dans ce triste monde qui courre à sa perte sous prétexte que l’on est blasé, que l’on sait tout (qui sait tout ?) est bas, ridicule, bien plus vain qu’un discours de mégalomaniaque médiatisé et sans talent. De quoi voulez-vous que l’avenir soit fait ? Peut-on décemment être revenu de tout ? Il me semble, c’est évident, que ce sont ces questions-là que l’on devrait toujours se poser. Le bon, dans ce monde laid, est à la portée de ma main.
Hier, Il a sorti ce bouquin dont je vous parle là-haut de Sa bibliothèque et je l’ai fourré dans mon sac. La soirée avait été tendue comme le manque, grise comme la pluie, effilochée comme des raclures de papier griffonées pendant de longues minutes d’angoisse et comme ma peau, que je voudrais –parfois- mettre en lambeaux, la tirer du bout des doigts en fines lamelles. L’air chargé sur ma chair à nu tairait d’autres douleurs indicibles.
Ses lignes –salées-, Ses perles (à Lui pas à Brautigan), j’y pense souvent en les suçant comme des bonbons nouveaux, et c’est vrai qu’au final du reste, de tout ce qui ne concerne pas nos mots, nos peaux, notre aventure, je m’en fous. Je ne crois pas avoir été très claire ces derniers temps avec vous ; j’avais peur de frôler l’indécence. Ou de m’y vautrer. Mais, après des mois d’une mort clinique décrétée, savamment entretenue, d’une démission de la vie orchestrée, d’une délectation malsaine de mon propre enterrement (assumées presque jusqu’au dernier moment), je ne peux décemment à nouveau disparaître et me fondre, m’écarter de celui qui me sauve la vie constamment. Alors oui, puisqu'il pleut en amour, mouillons-nous. Voilà maintenant qui est clair, me semble-t-il, je ne reviendrai pas là-dessus.
Je l’aime et je le veux. J’y pense à des moments saugrenus, sur la cuvette d’une chiotte à Cologne, dans un wagon de la ligne 2. Parfois je l’écris et il me dit « quelle poésie », or, oui. Brautigan encore :
Deuxième (à peine le temps d’inspirer) : « Je ne comprendrai jamais pourquoi je me suis fait tirer dans le cul. »…
Comment peut-on enculer la littérature ? A la rigueur, c’est la bonne qui nous encule. Sinon, en ce qui me concerne, je trouve, mais ceci est bien évidemment un avis très personnel, qu’emmerder ce qu’il y a de bon et de beau dans ce triste monde qui courre à sa perte sous prétexte que l’on est blasé, que l’on sait tout (qui sait tout ?) est bas, ridicule, bien plus vain qu’un discours de mégalomaniaque médiatisé et sans talent. De quoi voulez-vous que l’avenir soit fait ? Peut-on décemment être revenu de tout ? Il me semble, c’est évident, que ce sont ces questions-là que l’on devrait toujours se poser. Le bon, dans ce monde laid, est à la portée de ma main.
Hier, Il a sorti ce bouquin dont je vous parle là-haut de Sa bibliothèque et je l’ai fourré dans mon sac. La soirée avait été tendue comme le manque, grise comme la pluie, effilochée comme des raclures de papier griffonées pendant de longues minutes d’angoisse et comme ma peau, que je voudrais –parfois- mettre en lambeaux, la tirer du bout des doigts en fines lamelles. L’air chargé sur ma chair à nu tairait d’autres douleurs indicibles.
Ses lignes –salées-, Ses perles (à Lui pas à Brautigan), j’y pense souvent en les suçant comme des bonbons nouveaux, et c’est vrai qu’au final du reste, de tout ce qui ne concerne pas nos mots, nos peaux, notre aventure, je m’en fous. Je ne crois pas avoir été très claire ces derniers temps avec vous ; j’avais peur de frôler l’indécence. Ou de m’y vautrer. Mais, après des mois d’une mort clinique décrétée, savamment entretenue, d’une démission de la vie orchestrée, d’une délectation malsaine de mon propre enterrement (assumées presque jusqu’au dernier moment), je ne peux décemment à nouveau disparaître et me fondre, m’écarter de celui qui me sauve la vie constamment. Alors oui, puisqu'il pleut en amour, mouillons-nous. Voilà maintenant qui est clair, me semble-t-il, je ne reviendrai pas là-dessus.
Je l’aime et je le veux. J’y pense à des moments saugrenus, sur la cuvette d’une chiotte à Cologne, dans un wagon de la ligne 2. Parfois je l’écris et il me dit « quelle poésie », or, oui. Brautigan encore :
Le très beau poème
Je vais me coucher à Los Angeles en pensant
à toi.
Lorsque je pissais il y a quelques instants
j'ai contemplé mon pénis
avec affection.
Je sais qu'il a été en toi
deux fois aujourd'hui et du coup je me
sens très beau.
3 comments:
Une précision (et si c'est de moi qu'il s'agit). Quand je dis que j'encule la littérature, je ne pense pas à la littérature comme ensemble de tous les livres (passés, présents et à venir), mais plutôt à tout ce qui gravite autour, comme une traine de mariée parasitaire.
Pour faire un parallèle, si l'idée de Dieu n'est ni bonne, ni mauvaise, ce qui gravite autour (le Vatican, la superstition, etc ...) est assez navrant ...
Ce qui gravite autour de la littérature n'est pas de la littérature. C'est toujours un peu dommage (et facile) de se tromper de trou.
Justement ... Si c'était si simple (la littérature = somme des livres), ça ne me poserait pas de problème. Par exemple dans le Larousse on trouve comme définition : « Ensemble des connaissances et des études qui se rapportent à ces œuvres et à leurs auteurs ». Evidemment dans mon cas, c'est encore plus compliqué que cela. Certes j'aurais pu employer ou inventer un autre terme, voire une périphrase, mais c'aurait été lourd ...
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