Wednesday, September 16, 2009

La fin d'une époque

Quelle année, commentent mes petites collègues, quelle année, que de morts : Mickael Jackson, Patrick Swayze, Farah Fawcett et maintenant, nom d’un chien, Philippe des 2B3, quelle année, que de morts. Drôle d’année et de siècle en effet où même le deuil est une projection, n’irez-vous pas me dire que vous en avez sérieusement quelque chose à foutre de la mort de ces gens, que la pertinence et la modernité de la musique de Philippe des 2B3 a transformé votre vision de la composition (remarquez si, la mienne si, en sens inverse), que le jeu de Farah Fawcett vous a touché au plus profond. Allez-y de vos versets de comptoir de PMU : une overdose à 35 ans, ce n’est vraiment pas drôle sans oublier que le cancer est une vraie saloperie, allez-y donc de vos pensées les plus diverses, déversez votre petite philosophie extirpée au tire-bouchon de vos neurones et abîmez-vous dans ce gouffre qui s’ouvre noir devant vos deux pieds. Bordel, nous sommes mortels, n’aurait-on pas pu nous le dire plus tôt, quel est donc le vrai sens de la vie si Patrick, même Patrick qui dansait si bien, meurt lui aussi comme un triste con? Pleurez l’époque que ces morts évoquent, pleurez votre petite mort, pleurez-vous donc un peu. Fût-elle pourrie, vous ne vous en souvenez plus mais vous n’y êtes pas et subitement, dans un foudroyant éclair de lucidité, vous comprenez que vous n’y serez jamais plus. Oh mon dieu. Epoque de miroirs, tout est désormais miroir et c’est ainsi que fonctionne le système célébrités : elles vivent et meurent pour nous.

Des fins d’époque, de mon côté, j’en redemande. Et ici, pour de multiples raisons qui ne sont certainement pas vos oignons, la mort advient également. Je ne me souviens pas de la date précise à laquelle cet endroit fut ouvert. Je pourrais la retrouver facilement mais me donner cette peine pour le futile plaisir de ma propre commémoration, nécessairement révisionniste de surcroît, me semble … rédhibitoire. Je ne me souviens pas non plus du but de la démarche, de son propos, si ce n’est que parfois elle m’a attiré des ennuis, des noises, parce que j’avais écrit un tel truc sur quelqu’un qui se reconnaissait, parfois à tort. Un brin surréaliste tout ça mais, à bien y réfléchir, n’ai-je pas réclamé des comptes aussi, du haut de mon ego blessé, à cause de phrases lues ailleurs ? Toujours les miroirs. Ce blog au fond, était, veuillez avoir l’obligeance d’excuser le raccourci, un blog, soit, un endroit à la publication rapide et directe avec tous les travers que celle-ci peut entraîner. Demeurent cependant certains textes que je relis volontiers, du travail dont je suis satisfaite alors même que je n’ai jamais pu me départir d’un certain regard sévère. P. disait : nous avons dit que c’était bien et cool, alors c’est bien et cool. Bien et cool en effet, mais fini. Passons maintenant la sixième.

Tuesday, September 08, 2009

Projections

Professionnelle face à laquelle je me trouve en chair et en os, ne se bidonne-t-elle pas (elle en pleure) lorsque je lui raconte, avec le plus grand du sérieux du monde, comment cette année je me suis faite psychanalyser par un de ses soit disant confrères, qui sans me connaître et en lisant les textes DE MON BLOG, m’a trouvé quelques problèmes de surmoi. Son rire franc me sort automatiquement des abîmes de désespérance dans lesquels je plonge bien malgré moi face à ce genre de petit détail, manifestation de l’absurdité dans laquelle vit un nombre croissant de mes semblables.

Tuesday, September 01, 2009

Destin immédiat

Assurément je suis ivre de vin et de colère, You tortured little girl, devant mon reflet que je ne reconnais pas, gesticulant devant le miroir pour expliquer ma rage, showing them what life is all about, à cette fille étrangère aux lèvres mauves de tanin. Ils gisent dans la pièce à côté défoncés de pétards et de pudeur, Where did all the wine go ?, alors que j’étais intarissable tout à l’heure, Every night it’s gone, de verbes débordante et de certaines rancoeurs, les mêmes, exactement les mêmes que les leurs. Bien que raide comme le bâton du berger, You got it all worked out, je ne peux me plier à la volonté des chèvres et des brebis, funny little girl, me priant de venir par ici dans leurs plus beaux habits, qu’on dise messe (ouvrez les guillemets) « all together ». C’est vrai, que lorsque j’y consens, showing them what fate is all about, la fête semble plus belle mais ça ne dure jamais trop longtemps car je m’emmerde au bout d’un moment, Where did all the time go? , j’ai la tête qui tourne et je me retrouve ivre, assurément, dans la salle de bains où je tombe sur le bouquin témoin de la famille, triste et noir le bouquin, ou bien je chante –faux- devant le miroir, You twistted little girl.

Friday, August 28, 2009

Quitter Kozie, toujours

L’Europe est connotée dans chacun de ses recoins. Vieille Europe. Une nuit d’avril 1939, mon grand-père, tenant ma grand-mère enceinte de mon oncle par la main, prenait la porte de sortie de l’Espagne par la seule voie encore ouverte sur l’extérieur, maritime et du côté du Levante. Le bateau s’est éloigné de la terre ferme dans le noir de l’eau exilant des milliers de familles en pleurs, regrettant déjà un pays qui pourtant n’existait plus. L’obscurantisme, l’inculture, la bigoterie, l’Espagne à nouveau réduite au néant.

J’ai fréquenté la région du Levante dans mon enfance. Mon grand-père revenu à Madrid après la mort du dictateur, y avait acheté une maison de vacances pour la famille, qu’il a du revendre quelques années plus tard car il était incapable de gérer une misérable peseta. J’étais triste par la perte de cette maison, paradis d’aiguilles de pin et de soleil.

Dans une sorte de fuite qui ressemble de loin à celle de mon grand-père, j’y reviens néanmoins et au plus vite. Nous allons tous y venir, les uns après les autres : nous ne partons pas sur le même bateau de la même façon que nous sommes incapables d’organiser la moindre action collective. En réalité, notre énergie, nous la consacrons à une lutte politique essentielle, existentielle. Rester vivants en dépit des vents contraires. Vivants : avec un cerveau en fonctionnement, avec une vraie vie, pas avec un chien, une télévision et une impeccable cuisine Ikea, cela va de soi. Et tout y passe dans l’effort.

La prémonition de
ce texte me fait un drôle d’effet: j'aurais préféré me tromper, être aveugle, aucune fierté à avoir vu juste il y a plus d'un an car...c'était déjà clair. Cernés, nous partons. J’aurais préféré d’autres recoins de la vieille Europe, vierges de mon histoire de famille et de mon vécu car mon fantasme est celui de repartir à zéro et pourquoi pas, que tous les recoins de cette vieille Europe m’habitent, deviennent miens. Retrouver les démons qui ont provoqué ma fuite de l’Espagne m’angoisse : vaudevilles politiques, bigoterie toujours, famille, football, commérages, mauvais goût. Des gens qui crient lorsqu’ils parlent.

J’aurais donc préféré Berlin, mais il n’y a pas de mer ou alors Naples, mais il y a un volcan.

Tuesday, August 18, 2009

Quitter Kozie. Part. I

Que la bande de bobos s’escrimant à assurer une croissance heureuse à ses chiards en bourrant leurs chambres tout confort de nombreux et en général dispensables objets, se le dise : quoiqu’il arrive et presque quoiqu’on fasse, l’enfance et l’adolescence sont des périodes dans la vie de tout être humain sainement constitué, tout à fait merdiques –qu’il fait extrêmement bon de laisser en arrière. M’est venu comme ça, cette puissante n’est-ce pas idée à l’esprit ce matin, à la lecture d’un e-mail de ma plus proche cousine en âge où pour me tenir gentiment au courant du quotidien de son rejeton dont je n’arrive à prononcer le prénom bretonnisant qu’après avoir ingéré un demi-litre de chouchen, ma chère cousine donc, qui est de Toulouse et non pas de Rennes comme vous auriez pu légitimement en déduire, en fait (de son fils) le narrateur de sa missive, c’est-à-dire que : pour me signifier qu’elle (ma cousine) a amené Little Gwénael (Erwan, Meriadec ou Riwanig), en vacances à un tel endroit puis chez mes oncles qui sont ses grands-parents (suivez-vous ?), elle écrit un truc (car c’est un truc) du genre « papa et maman m’ont amené à un tel endroit qui était trop cool et où je me suis éclaté puis ils m’ont laissé avec granny et grappy que j’adore ». Pire, pour m’expliquer que son môme possédant à peine trois cheveux se battant en duel sur le caillou, a appris à dire cakeur (tracteur, paraîtrait-il), elle (ma cousine, de Toulouse) écrit en toutes lettres « je sais dire de plus en plus de mots : papa, bidule et cakeur »…Saisissez-vous le problème ? Les pensées de papa et maman projetées dans le style le plus niais dans la caboche d’un môme qui ne sait même pas encore parler…Bon courage, mon Erwan !

Ce mail glaçant d’effroi fait suite à (c’est entièrement de ma faute, je sais) une chaleureuse et quelque peu surprenante manifestation de ma part (mais qu’est-ce qui me prend aussi des fois ?), après de nombreuses et bienfaitrices années d’éloignement de ladite cousine à qui mes parents dans mon (pas-plus-triste-ni-plus-chiante-que-la-vôtre-d’) enfance avaient le bon goût de m’coller, proximité d’âge oblige, notamment durant l’été et autres vacances scolaires, soit un peu trop souvent à mon humble avis -mais je n’avais pas d’avis à donner à l’époque. Elle me terrorisait ainsi minute après minute, heure après heure, vacance après vacance, en me passant sous le nez ses (très) beaux jouets et autres livres que j’enviais à mort, ma mère à moi n’ayant pas une mais deux filles et, surtout, un taf éreintant et rémunéré au lance-pierres, qui ne laissait aucune place à nos caprices, ce qui était plutôt bien vu. L’adolescence fût bien plus dure : ma cousine de Toulouse avait des fringues tout à fait adaptées à la mode certes difficile mais claire, nette et précise des années 80, les cheveux blonds et des petits seins blancs et délicats à l’instar de cette jolie Russe en double page centrale d’une revue de soft porno sur qui T. fantasma pendant des années et dont il se souvient encore ; tandis que hein, tandis que.

Ce n’est donc qu’à l’âge adulte où j’ai enfin pu formuler clairement et sans mauvaise conscience ce que je soupçonnais pourtant dans mon enfance et mon adolescence in petto mais que je et d’autres membres de ma famille écartions comme hypothèse et prenions comme de la jalousie de base, à savoir, que ma cousine aussi peste était-elle gamine et gentille soit-elle aujourd’hui (elle vote socialiste) était et demeure une sombre idiote, comme son mail et ses études de marketing le démontrent.

Ceci dit, je tiens ces propos ici non pas pour vous raconter platement que je suis en possession d’une cousine débile ce qui peut arriver à tout le monde, mais pour, en cette journée d’idées lumineuses, en arriver au propos suivant : en ce qui me concerne, et bien que je sois plus qu’heureuse d’avoir quitté l’âge de croissance, je m’aperçois que ma famille, qui encourageait la concurrence entre cousines et vantait l’intelligence de la marketteuse bonne élève, ne faisait que recracher mollement dans nos chaumières les principes qui ordonnent aujourd’hui ce pays. Et que donc, si dans mon enfance, et ce en dépit de tous mes efforts en sens contraire, j’étais assez canard boiteux, dans mon âge adulte, j’aurais beau me tuer à la tâche, je n’arriverai jamais à me foutre dans le moule et à posséder une baraque avec piscine obtenue en échange de multitude d’heures passées dans un bureau à inventer des stratégies de développement business pour le produit qu’une telle boîte essaye de refourguer et ce, le plus sérieusement du monde. C’est de plus en plus clair: si je veux un peu d’espace et une vie relativement agréable, étant donné qu’on aime ici de moins en moins les canards boîteux, I must get the fuck out of here. Ce que T. et moi ne saurions tarder à faire.

Monday, August 10, 2009

Kozie en vacances

Vacances : sur la table de la véranda de la maison de campagne de mes géniteurs, à mon toujours douloureux lever du lit, florilège de confiotes, brioches, petits pains, beurre, fromage, miel, fruits et autres jus ainsi qu’un Marie-Claire que je feuillette en mastiquant parcimonieusement mes tartines de jambon-tomate, et en me tenant le sein gauche sous lequel se trouve a priori mon cœur de ma main droite, dans l’espoir de prévenir un éventuel arrêt cardiaque provoqué par la lecture de ce tas d’inepties fumeuses pour faiblardes du ciboulot destiné à vous (vous les filles, soyez bêtes et jolies) faire consommer tout et n’importe quoi (on peut au moins consommer bon goût, je veux dire, TOUT DE MEME pas un sac à main en daim avec des fleurs pour faire hippie-like à l’occasion du 40ème anniversaire de Woodstock, qui peut être votre en échange de la modique somme de 160 euros, soit, je vous le rappelle, le salaire moyen mensuel d’un ouvrier indonésien en Malaisie travaillant 6 jours/7 ou –aussi, par exemple- le dernier roman d’Isabelle Alonso, pour ne citer qu’elle –et encore, je crois que c’est la meilleure recommandation livresque du magazine destiné à meubler les vacances d’été de –selon le tirage- pas moins de 150 000 femelles françaises, soit, un magazine comportant exceptionnellement (car en été on a du temps à faire passer) deux pages dédiées aux bouquins au lieu du quart habituel) déguisé en journalisme cool dont mes yeux ne peuvent pourtant se décoller. Et ce ton…ce ton à se flinguer directement, ce ton incompréhensible, sorti de je ne sais quelle imagination tordue de prof d’école de journalisme pervers(e), ce ton irritant, ces phrases aiguës, hystériques, mais d’où sort-il ce ton, qui l’a donc inventé, comment vivent les auteur(e)s de ces lignes jour après jour, que pensent-il(elle)s lorsqu’il(elle)s se lèvent du lit et lorsqu’il(elle)s se couchent, par qui ont-il(elle)s donc été élevé(e)s et avec qui se retrouvent-il(elle)s au resto le soir ?

Tuesday, July 21, 2009

Terima kasih

Les années paires je ferme les yeux, les impaires je les rouvre. Ce n’est peut-être pas tout à fait ça, peut-être bien que certaines années paires je clôture des processus et d’autres je me fourvoie dans des histoires pourries, comme ça, parce que je suis têtue dans mes aveuglements, il me faut sans doute avaler des kilomètres et longer la côte par la nationale plutôt qu’emprunter des autoroutes à six voies, au final je suis là, au milieu du monde, reposant mes turbulences dans ce bus à rideaux, Bas Persiaran, je veux croire que c’est ce que ça veut dire, bus à persiennes, il nous trimballe de forêt en aéroport, d’éléphant en ministre et j’y dors, apaisée. T. me manque, les retrouvailles seront encore plus bonnes et belles que prévu.

Je suis dans une piscine à eau saturée de chlore, entourée de tours. L’odeur de curry plane dans l’air. Nous avons fini. L’école est finie, je rentre le lendemain. Je traîne mes guêtres dans cet hôtel de luxe, quelques bombes ont explosé dans des endroits similaires à quelques centaines de kilomètres de là. Je n’aime pas l’Asie. Je le savais, mais ça se confirme. Le Japon, peut-être, me dit T. plus tard. Soit. Le Japon peut-être.

Ici il y a des putes de 17 ans et des connards d’occidentaux à moustache qui acceptent avec plaisir leurs propositions de fucky fucky. On les voit, ces imbéciles d’expatriés, qui adoptent les us locaux en assistant aux dîners officiels non pas en costard cravate mais en batik. Plus tard, ils se montrent dans les terrasses, puant le parfum à des kilomètres, avec des fillettes accrochées à leurs bras. Il y a pourtant du pétrole, du bois, des matières premières à ne plus savoir quoi en faire et de fait, ils ne savent plus quoi en faire. Ils importent de l’Indonésie des ouvriers payés 3 euros la journée qu’ils recrachent dans leur pays deux ans plus tard. Qui transforment à peine, péniblement, cette matière première pour engraisser la caisse du Sultan tournant. A l’opposé, le gouvernement paye cher notre séjour, nous devons publisciter cette matière première en Europe, nous devons expliquer 1) qu’ils exploitent la forêt dans les normes 2) qu’ils doivent bien vivre de quelque chose. Mais bon dieu, qu’ils nous envoient donc balader ! Cela fait longtemps qu’ils ne devraient plus avoir besoin de nous.

A Paris, pendant ce temps, je suis devenue une collabo car j’ai osé faire, avant mon départ, appel à la violence d’Etat pour arrêter une autre de violence, à caractère soit disant privé, j’ai osé mettre fin au harcèlement, à l’insulte, aux menaces d’un macho aigri et potentiellement dangereux car en possession de deux pistolets automatiques, en allant retrouver les flics qui n’ont pas hésité à débarquer chez lui. Le monde est à l’envers et j’accepte avec plaisir cette contre insulte : est colon celui qui ne porte pas de batik et collabo celui qui se défend par voie légale.