Wednesday, June 17, 2009

Royale fellation

A ce juif américain blindé de thune mais assez con, j’avais taillé une pipe dans la pénombre de ma chambre de bonne pour la forme. Je n’avais aucune envie de lui qui gloussait comme un dindon devant la moindre blague de Pulp Fiction, or il fallait bien que je m’en débarrasse sans me farcir d’ineffables anecdotes de colleges pour fils attardés de milliardaires américains. Le bougre que je jetais dehors sans donner le temps de me palper le sein, ne devait pas être mécontent du résultat de l’opération. Pour ma part, j’avais sommeil. Il m’avait dit qu’il voulait faire du cinéma. Combien de post-pubères ont voulu devenir Tarantino dans les années 90 après Pulp Fiction ? Je suspectais celui-ci de n’avoir strictement rien à raconter, une intuition confirmée quelques jours plus tard lorsque j’atterrissais chez lui, dans un appartement aux dimensions indécentes près de la Tour Eiffel, flanquée d’un puissant Danois, grand, blond et très beau et d’une Sicilienne aussi chaude que la lave. Je crois bien que c’est la seule fois que ça m'a fait ça dans la vie. Je veux dire, sentir le nouveau continent flancher perceptiblement en notre présence. La fête battait son plein, Karl, le viking, essayait de remplir la baignoire dorée de vodka et Donatella vomissait sur la moquette.

Tuesday, June 09, 2009

Étrange vertu, que celle qui se fait aider par l'action de tous les vices

Le susnommé libéral-libertaire (comme il aime se qualifier) Daniel Cohn-Bendit, juif allemand (comme il aime le rappeler à qui de droit) de son état et Apôtre de l’ère nouvelle since 1968 ®, emporte les suffrages européens des habitants du 20ème et d’autres quartiers bobos de la capitale grâce à leurs inquiétudes (quelque peu justifiées, certes) sur l’état (lamentable, certes) de la planète. Faut voir qu’on ne peut plus y faire pousser de mouflets en toute bonne conscience car (il n’est jamais trop tard pour le signaler) : y a plus d’abeilles dans le Worcestershire, de moins en moins de moineaux à Paris et les bébés ours sont inconsolables depuis qu’ils assistent (impuissants) à la déconfiture de leurs mamans dans les eaux polaires faute de places et de poissons pour everysinglebear sur la banquise nord (et sud).

Tout ceci est fort grave (je rigole pas).

N’empêche que moi, ce gars là, je le soupçonne (mais je ne sais pas pourquoi) d’être tout à fait incapable de sauver les ours polaires.

Non ?

Enfin, je dis ça…

(Je me trompe peut-être et d’ailleurs, je ne voudrais pas -hors de moi cette idée- désabuser un nombre incalculable de –bons- citoyens qui auraient éventuellement raison.)

M’enfin, pour moi qui fus un poil chipoteuse sur les concepts dans ma jeunesse, qui dit « libéral » dit « favorable à un système économique basé sur l’équilibre naturel entre l’offre et la demande » et qui dit « libertaire » dit « c’est gentil mais pas d’Etat pour moi, merci beaucoup », alors certes, on en a vu plus d’un revenir sur le terme libéral et même plus d’un sur le terme libertaire, mais de là à se montrer favorable à l’imposition de grosses taxes (de sa mère) pour les polluants (entreprises et individus) alors qu’on ne veut pas d’Etat et qu’on croit (à la fois) que l’économie se régule toute seule et, inversement, vouloir vraiment sauver la planète sans se demander (à la fois) si la production de biens de consommation (sans cesse croissante) et la (sans cesse croissante aussi) population ne sont pas (ne serait-ce qu’) un peu à l’origine de tous nos soucis, et tout ceci sans sourciller et en gardant un ton fraîchement insolent, faut être top, top ? (Les mots me manquent ici.)

Wednesday, June 03, 2009

Toujours en Kozie

Comme une nuit de mai quelconque, le vent soufflait doux et la lumière commencée tôt tombait tard. Bientôt les plus courtes nuits, les saisons tournantes et nos angoisses contenues dans des verres de bière, jaunes d’abord, après bleues, les lampadaires s’allumaient et finissaient épuisés par s’éteindre sur nos discussions où il était toujours question, d’une façon ou d’une autre, de ce monde qui ne va plus, et bien sûr de nous, plus ou moins détraqués mais assez sains pour le narguer, pour ne plus vouloir de lui tel qu’il était. Nos plus hautes estimes nous portaient droit devant aux plus hautes considérations sur l’état lamentable du cinéma français, sur la misérable politique de la subvention, sur l’éducation de nos enfants et, aussi, sur notre envie, finalement, de construire des châteaux en Espagne et à défaut, des baraques dans la campagne où enfin nos cerveaux de citadins clairvoyants pourraient démissionner tout en demeurant actifs, créatifs et entreprenants. Il fallait bien trouver une solution.

Nous voulions planter des patates.

Nous voulions cueillir le temps et glaner des herbes aromatiques au gré de buissons en bord de route.

Nous voulions la rébellion généralisée, le squat de luxe, des liqueurs bio et, aussi, la fin du mauvais goût et de l’inculture.

Nous étions gouvernés par une bande de sacrés cons. Mais les autres, ah, les autres.

Je montais les pentes de la butte en transpirant et en ballotant mon poisson dans son aquarium. J’avais craqué, saturée, overdosée, claqué mon énergie à dealer avec mon réveil et puis le reste ; pour une fois, la première, mon corps tout entier avait chancelé (une sorte d’appel de phares avant la rupture d’anévrisme peut-être). A mon corps je devais donc rendre hommage, je découvrais, comme émue, qu’il n’encaissait pas tout et que la contradiction, je ne pouvais plus la mener jusqu’au bout.

Personnellement, je ne me sentais pas d’attaque à planter des patates.

Il fallait bien le dire.

Pourtant, à travailler jour après jour dans un bureau à la lumière trop blanche, aux caractères excédants et à la normalité fastidieuse, non plus. Je ne me sentais plus d’attaque, simplement, il fallait partir, comme j’étais venue, ou alors, changer du tout au tout.

Tuesday, May 26, 2009

Terre brûlée

Des gestes pesants, impossibles, lointains, et un vide sidéral dans l’estomac provoqué par une boule de feu que j’expulse sur les terrains désormais vagues, noirs, calcinés. Je pense à des boîtes en carton et à Samuel Beckett. A mon corps, allongé, nécessitant de tous les points possibles de contact avec le sol. Je pense aux promesses, aux fuites, aux exigences, aux déménagements, aux menaces, aux avortements, à ma vie impossible. Aux cendres bien sûr et à la colère, à ce bras dont on tire, à la moelle que je n’ai plus, au quatrième étage d’une maison en briques roses et à ces petits personnages qui ne sont même plus à l’abri du vent.

Wednesday, May 20, 2009

Sainte spoliation

J’oubliais : nous sommes allés en Espagne. Pour la première fois depuis que j’ai définitivement quitté Madrid il y a douze ans, je n’avais, en revenant sur Paris, aucune envie de rentrer. Impression difficile à assimiler : étais-je devenue sans m’en apercevoir une immigrée rêvant du retour au pays, inexorablement attachée à sa terre natale, irrémédiablement nostalgique de son passé ? Je dis bien étais-je, car j’ai, depuis, recouvré mes esprits. Il faisait là-bas, comme d’habitude, bien plus beau et chaud qu’ici. Nous avons fondamentalement bu des coups et mangé des tapas en terrasse. Visité deux musées, vu la mer. Discuté et non discuté, peu importe, nous étions en vacances et les problèmes étaient loin. Mais j’en demeure convaincue : aussi chiante et onéreuse la vie puisse-t-elle être parfois à Paris, retourner en Espagne équivaudrait pour moi à dresser un mur entre les deux hémisphères de mon cerveau. Passerais-je ainsi la journée à me foutre des baffes de ma main droite, tandis que la gauche serait pure harmonie. Quel vieux cliché.

A Barajas, quelques minutes avant d’embarquer et de revenir à nos moutons, tandis qu’Il achetait le Nouvel Obs, j’apprenais en lisant la couverture d’El País, que le Parlement venait de voter une nouvelle loi rendant la pilule du lendemain accessible et gratuite pour toutes les femmes y compris les mineures. Un premier pas vers la légalisation définitive de l’avortement… J’ai eu un vol de retour terrifiant, je vous dis. J’en chialais. Madrid c’était –enfin- le bien et Paris, le mal. Madrid moderne, Paris immobile. Estancada. Je refoulais, bien entendu. J’avais eu le plus grand mal à reconnaître les rues, les avenues : des tunnels sans fin drainent désormais les allées et venues des voitures dans cette capitale aux quartiers éclatés et aux mille cités fantômes irriguées par les périphériques parallèles : M-30, M-40, M-50. L’aseptisation me convenait en un sens ; me rassurait de voir tout de même, de vieux troquets nichés de ci, de là.

A Malasaña, un soir, alors que nous nous empiffrions de morcilla, de croquetas et de bravas, notre exubérante compagne de table nous avait expliqué qu’il y aurait bientôt à Madrid un deuxième Vatican. A las Vistillas, au sud de la ville, le plus beau quartier de Madrid, des milliers d’hectares venaient d’être vendus par la mairie (de droite) à l’église. L’archevêché de Madrid occupera donc, bientôt, les terrains où les madrilènes tombaient sous les fusils napoléoniens. Là où depuis gît « El puente de los franceses » par lequel les fascistes ne passeraient romantiquement jamais.

Friday, May 15, 2009

Apostrophes

Les premières lignes d’Un privé à Babylone du grand Brautigan me clouent littérairement à ma chaise tressée en deux temps. Premier : « J’ai appris que j’étais réformé comme caractériel et que je n’allais pas partir à la Seconde Guerre mondiale jouer le petit soldat. Je n’avais pas du tout le sentiment de manquer de patriotisme parce que j’avais fait ma Seconde Guerre mondiale à moi cinq ans plus tôt en Espagne et que j’avais deux trous de balle dans le cul pour le prouver. » Point, à la ligne : on souffle, on se délecte, on tire une latte, on boit une gorgée de café.
Deuxième (à peine le temps d’inspirer) : « Je ne comprendrai jamais pourquoi je me suis fait tirer dans le cul. »…

Comment peut-on enculer la littérature ? A la rigueur, c’est la bonne qui nous encule. Sinon, en ce qui me concerne, je trouve, mais ceci est bien évidemment un avis très personnel, qu’emmerder ce qu’il y a de bon et de beau dans ce triste monde qui courre à sa perte sous prétexte que l’on est blasé, que l’on sait tout (qui sait tout ?) est bas, ridicule, bien plus vain qu’un discours de mégalomaniaque médiatisé et sans talent. De quoi voulez-vous que l’avenir soit fait ? Peut-on décemment être revenu de tout ? Il me semble, c’est évident, que ce sont ces questions-là que l’on devrait toujours se poser. Le bon, dans ce monde laid, est à la portée de ma main.

Hier, Il a sorti ce bouquin dont je vous parle là-haut de Sa bibliothèque et je l’ai fourré dans mon sac. La soirée avait été tendue comme le manque, grise comme la pluie, effilochée comme des raclures de papier griffonées pendant de longues minutes d’angoisse et comme ma peau, que je voudrais –parfois- mettre en lambeaux, la tirer du bout des doigts en fines lamelles. L’air chargé sur ma chair à nu tairait d’autres douleurs indicibles.

Ses lignes –salées-, Ses perles (à Lui pas à Brautigan), j’y pense souvent en les suçant comme des bonbons nouveaux, et c’est vrai qu’au final du reste, de tout ce qui ne concerne pas nos mots, nos peaux, notre aventure, je m’en fous. Je ne crois pas avoir été très claire ces derniers temps avec vous ; j’avais peur de frôler l’indécence. Ou de m’y vautrer. Mais, après des mois d’une mort clinique décrétée, savamment entretenue, d’une démission de la vie orchestrée, d’une délectation malsaine de mon propre enterrement (assumées presque jusqu’au dernier moment), je ne peux décemment à nouveau disparaître et me fondre, m’écarter de celui qui me sauve la vie constamment. Alors oui, puisqu'il pleut en amour, mouillons-nous. Voilà maintenant qui est clair, me semble-t-il, je ne reviendrai pas là-dessus.

Je l’aime et je le veux. J’y pense à des moments saugrenus, sur la cuvette d’une chiotte à Cologne, dans un wagon de la ligne 2. Parfois je l’écris et il me dit « quelle poésie », or, oui. Brautigan encore :

Le très beau poème
Je vais me coucher à Los Angeles en pensant
à toi.
Lorsque je pissais il y a quelques instants
j'ai contemplé mon pénis
avec affection.
Je sais qu'il a été en toi
deux fois aujourd'hui et du coup je me
sens très beau.

Tuesday, May 05, 2009

Closer to the golden dawn

L’époque ne se prêtait peut-être pas à ce que je sois postée dehors regardant les quelques nuages passer, insouciante et perdue dans la douceur de ses gestes qui s’imprimaient sur ma peau cotonneuse pendant des heures, bien au-delà de sa présence ; les autres, fatiguée, je les dormais. Les heures. Les jours je les passais comme une plume touchée parfois au loin par de tristes nouvelles. Au concert d’un ami j’apprenais que Bowie allait mourir car il n’avait pas sucé que de la glace ni fumé que des pétards, alors il fallait sûrement en faire autant parcimonieusement sur une table de plomb, peu importe, yavé, je vous jure, des hirondelles dans le ciel et parfois même des perroquets de couleurs, yavé des échos argentés comme des voix éraillées -et une jouissance suspendue, une multiple vibration de mon corps contenue dans un souffle chaud.

La paix et le bonheur après des tribulations d’hystérique, après le mal, la mesquinerie, la vengeance, toutes ces années, assise sur ce vieux fauteuil marron que mes chats avaient mis en lambeaux, tandis qu’il me tendait un verre rempli d’une liqueur opalescente, j’y pensais, à ma mélancolie et à mon bonheur en caléidoscope, à cette tristesse de lames aiguës, plantées traîtres dans une brève décharge, contractions, déchirures soudaines, absence douloureuse de deux, petites morts et disparitions. C’était la fin d’une époque terrible, de catastrophes approchantes dans lesquelles je m’étais connement précipitée, la tête d’abord, malade (j’avais été tellement malade) tellement que j’en avais emporté deux, ô Simone, ô Titine, il me semblait bien, sur mon fauteuil, que leur évanouissement avait permis mon bonheur et surtout, qu’il n’était plus possible d’envisager le monde sous le même angle depuis l’an O. Bowie allait mourir et moi, née lorsque son talent était plein, sortait enfin mon nez des sables mouvants.

"I’m the twisted name on Garbo’s eyes
Living proof of Churchill’s lies
I’m destiny
I’m torn between the light and dark
Where others see their targets
Divine symmetry
Should I kiss the vipers fang
Or herald loud the death of man
I’m sinking in the quicksand of my thought
And I ain’t got the power anymore"